Dossier le don d’organes

le 10/10/2013

L’histoire de la greffe


Les débuts de la greffe rénale

Si des médecins expérimentent la greffe rénale dès le XIXème, c’est après la seconde guerre mondiale que la greffe rénale va focaliser l’attention de plusieurs équipes chirurgicales, aux Etats-Unis et en France notamment.

La France va se distinguer en 1952 avec la première tentative de greffe à partir de donneur vivant. L’opération, réalisée à l’hôpital Necker par l’équipe du Professeur Jean Hamburger, est un succès, mais 21 jours après sa greffe, le jeune homme décède.

La technique de greffe a beau avoir accompli de grands progrès, elle se heurte toujours à un obstacle majeur, la question du rejet.

L’apparition de l’immunosuppression

Pour que la greffe réussisse, il faut que le système immunitaire du receveur ne rejette pas l’organe du donneur. Une seule solution, à moins d’avoir affaire à des jumeaux : affaiblir le système immunitaire du receveur. C’est ce que l’on appelle l’immunosuppression.

A la fin des années 50, l’Américain David Hume réalise la première greffe avec immunosuppression à partir d’un rein de donneur décédé. Malgré l’efficacité limitée et les lourds effets secondaires des traitements immunosuppresseurs de l’époque, les greffes rénales entre personnes non apparentées se multiplient dans les années 60. Un facteur va favoriser ce mouvement : l’apparition de la technique de dialyse rénale, qui offre une solution de secours en cas d’échec.

Les premières greffes de cœur

A la fin des années 60, plusieurs équipes réussissent la greffe d’autres organes que le rein et notamment celle du cœur.

En 1967, le Pr Christian Barnard tente la première greffe du cœur au Cap, en Afrique du Sud. En 1968, c’est le Pr. Christian Cabrol qui réalise la première greffe cardiaque européenne, à Paris. Un an après la première greffe de cœur, 102 tentatives ont été réalisées dans le monde.

La diversification des organes greffés est favorisée par la description des neurologues français, dès 1959, de ce que l’on appelait à l’époque le coma dépassé. En 1968, on l’appelle la mort encéphalique. Cette circonstance de décès permet de préserver artificiellement l’état fonctionnel d’organes plus fragiles tel que le rein, qui se dégradent rapidement dès que l’irrigation sanguine cesse.

La loi du 22 décembre 1976, dite Loi Caillavet, est le premier cadre législatif français à introduire la notion de consentement présumé. Chaque personne n’ayant pas fait connaître de son vivant son refus est implicitement en faveur du don d’organes. Des registres de refus sont créés dans tous les établissements hospitaliers, donnant la possibilité aux personnes opposées au don de le faire savoir.

Malgré ces avancées, jusqu’aux années quatre-vingt, l’activité de greffe est essentiellement consacrée au rein. La fréquence des rejets limite le recours à cette thérapeutique malgré les progrès réguliers de la chirurgie.

L’arrivée de la cyclosporine et des lois de bioéthique

Découverte dans les années soixante-dix et utilisée à partir de 1982 pour le traitement des personnes greffées, la ciclosporine marque un tournant dans l’histoire de l’immunosuppression. Avec cette nouvelle génération de médicaments anti-rejets, la survie des patients est considérablement améliorée, le nombre de prélèvements et de greffes explose : il passe en France d’environ 650 en 1982 à plus de 2 400 cinq ans plus tard, tous organes confondus.

En parallèle, des greffes difficiles obtiennent leurs premiers succès : dix ans après les premières tentatives du Pr Barnard, en 1981 Brunce Reitz et Norman Shumway obtiennent de nouvelles avancées sur la greffe cœur poumon.

En France, au début des années 90, la confiance de la population française dans l’organisation sanitaire diminue suite à l’affaire du sang contaminé. Le nombre de receveurs chute. Le gouvernement décide d’encadrer le prélèvement d’organes et les greffes comme cela a été fait pour le sang. Les lois de bioéthique sont édictées pour la première fois en 1994. Un établissement public est créé pour encadrer l’activité : l’Etablissement français des Greffes en 1994, puis l’Agence de la biomédecine depuis 2005.

Retour sur 21 ans de greffe d’organes

Retour sur 21 ans de greffe d’organes

De plus en plus de personnes vivent avec une greffe :

·         88 188 patients ont été greffés en France depuis 1991.

·         50 726 personnes sont porteuses d’un greffon fonctionnel en 2012.


L’amélioration de la qualité de la greffe a élargi les indications thérapeutiques et donc le nombre de greffes.

·         En 1991 : 3 523 personnes ont été greffées.

·         En 2012 : 5 023 personnes ont été greffées.

·         Le nombre de personnes greffées a augmenté de plus de 42 % en 21 ans.

L’évolution du nombre de greffes d’organes en 21 ans varie en fonction des organes :

·         Le rein est l’organe le plus greffé avec une hausse de 53 % sur 21 ans, suivi par le foie qui a augmenté de plus de 66% %.

·         La greffe de poumon a fait un bond spectaculaire de 32 % entre 2010 et 2012 grâce à des critères de prélèvement redéfinis en profondeur.

·         La greffe du cœur, entre 1991 et 2000, diminue en raison de l’amélioration de techniques alternatives.

·         Les greffes de l’intestin et du pancréas sont des pratiques plus rares.

Nombre de greffes réalisées par organe en 1991, 2000 et 2012 :

·         En 1991, 1 979 greffes de rein, 632 greffes du cœur, 698 greffes de foie ont été réalisées.

·         En 2000, 1 924 greffes de rein, 806 greffes du foie et 328 greffes du cœur ont été réalisées.

·         En 2012, 3 044 greffes de rein, 1 161 greffes du foie, 397 greffes du cœur ont été réalisées.

La greffe du rein se développe et devient source d’économies (chiffres 2007 de l’Assurance Maladie) :

·         45 % des personnes atteintes d’insuffisance rénale chroniques ont été greffées.

·         55 % des personnes atteintes d’insuffisance rénale chroniques sont en dialyse.

La prise en charge de l’insuffisance rénale représente plus de 4 milliards d’euros en 2007 qui se répartissent en 77 % pour l’hémodialyse, 5 % pour le traitement sous dialyse péritonéale et 18 % pour la greffe de rein.

Le progrès des techniques médicales et chirurgicales a permis d’élargir les profils.

On peut désormais donner et recevoir un organe de plus en plus tard.